La Dé-missionnaire
J'ai eu de la peine lorsque j'ai appris que ma collègue A. avait posé sa démission. C'était l'une des seules personnes avec qui je pouvais discuter au boulot. Enfin, je veux dire : vraiment discuter. Pas seulement s'épuiser dans un small talk ennuyeux pour faire bonne figure. Pas seulement parler de nos week-ends, de nos derniers achats de meubles ikea ou que sais-je...
Avec A., j'avais l'impression d'être en compagnie d'une personne qui ressentait réellement des choses, qui avait des émotions complexes, riches. Nos discussions commençaient toujours sur une note un peu banale, puis finissaient systématiquement sur des confessions vibrantes...
C'était toujours agréable de l'écouter, et je pense qu'elle était heureuse d'avoir trouvé quelqu'un capable de l'écouter.
On ne travaillait pas dans le même service. A. passait inaperçue dans son équipe et, malheureusement, semblait rencontrer des difficultés en matière d'estime de soi. Un jour, elle m'avait avoué que son physique peu avantageux l'empêchait de se sentir totalement à l'aise, et ce, même dans le cadre du travail. Pour ma part, je ne la trouvais pas vilaine, mais qu'est-ce que mon seul regard en comparaison de tous ceux qu'elle avait dû affronter durant sa vie entière ? Son surpoids, ses grosses lunettes et sa peau grasse la laissaient comme prisonnière d'un corps mal aimé. Mais moi, encore une fois, je lui trouvais le charme de la parole intense, et le plaisir que je tirais de sa compagnie avait fini par me rendre son physique agréable. De son surpoids, je ne voyais que la générosité délicieuse de ses formes ; de ses lunettes, l'agrandissement de son beau regard vif et intelligent ; de sa peau grasse, une irrépressible envie de la sentir glisser au creux de mon cou.
J'avais une peine secrète à la voir partir alors, avant son dernier jour, je lui ai demandé son numéro de téléphone pour que l'on puisse rester en contact. Elle me le donna avec un enjouement qui me ravit.
Nous échangeâmes quelques messages lors de nos fins de soirées monotones. Des messages amicaux en premier lieu, pour poursuivre nos discussions réjouissantes. Puis vînt l'accident.
Elle me parla à nouveau de son physique et du manque de confiance que celui-ci produisait sur elle. Je voulus la rassurer, alors je lui écrivis que, d'une part, son physique me plaisait et que, d'autre part, elle pouvait avoir confiance en sa personnalité "géniale et adorable".
Sa réponse par texto mit quelques minutes à arriver. Elle me dit qu'elle était touchée par mon message et me demandait si je la trouvais sérieusement "mignonne, géniale et adorable." Je lui répondis que oui, sans mentir.
Cette simple appréciation écrite a semblé faire monter la température d'un coup. Comme si, nos deux corps mal assurés, loin l'un de l'autre, abîmés par le refus constant d'une sexualité épanouissante, se contentaient de ce peu de mots, chastes et timides, pour s'enflammer.
Elle me demanda soudainement, avec taquinerie, si elle m'excitait et si je m'étais déjà masturbé en pensant à elle. Et, oui, je dus lui avouer que c'était déjà arrivé, que j'avais déjà pensé à sa poitrine énorme et nue, et à la vision de son cul lors d'une levrette imaginaire précédée d'une branlette espagnole tout aussi fictive.
Quelques minutes plus tard, elle me révéla qu'elle s'était aussi masturbée en pensant à moi, et qu'elle couvait depuis des mois le fantasme de pratiquer une gorge profonde sur mon sexe. À cela je demandai quelques détails.
"J'ai un sex-toy chez moi pour me faire du bien. Un gode. Je me suis masturbée plusieurs nuits en l'enfonçant dans ma gorge, en imaginant que c'était ta queue."
"Whaou, on ne m'a jamais dit un truc aussi excitant..."
"Tu bandes ?"
"Oui..."
"Tu peux me montrer ?"
J'hésitai quelques instants puis, le sang irriguant davantage mon sexe que mon cerveau, je finis par prendre mon membre en photo et lui envoyer. Elle y réagit avec un cœur puis me répondit :
"Tu en as une belle. Dommage que je ne sois pas à côté de toi. J'en ai l'eau à la bouche, vraiment... Est-ce que tu veux une photo de mes seins, en échange ?"
"Si tu as envie de me les montrer, jamais je ne pourrai refuser une pareille offre !"
La photo tant attendue ne vînt pas immédiatement. Je compris pourquoi en la recevant. A. avait sorti son dildo et avait pris une photo d'elle, très audacieuse, où elle le suçait profondément, laissant couler la salive de ses lèvres roses jusqu'à sa grosse poitrine nue, qu'elle avait découverte en remontant négligemment son haut de pyjama qui arborait, d'ailleurs, une tâche sombre, témoignant que le parcours de la salive avait été semé d'embûches. La photo était de mauvaise qualité, ce qui lui donnait une spontanéité encore plus excitante. Ses mamelons étaient gigantesques.
"Tu aimes ?"
"Oui, bordel tu vas me faire jouir !"
Elle m'envoya une nouvelle photo d'elle, rieuse et tirant la langue, la bouche grande ouverte, accompagnée de la légende :
"Si tu jouis, donne-moi tout..."
Je fis une vidéo des derniers instants de ma masturbation. On m'entendait gémir, me voyait empoigner mon sexe imposant et lui faire subir des va-et-vient voluptueux. J'éjaculai sur mon ventre, en soupirant de plaisir, espérant qu'elle apprécierait m'entendre autant que de voir mon sperme raturer mes abdos et former un petit lac au creux de mon nombril. Je lui envoyai la vidéo.
"Putain, j'adore... j'ai joui aussi."
Puis elle me partagea, de même, une vidéo où elle s'enfonçait nonchalamment des doigts dans son vagin trempé, les retirait, et en suçait la mouille de façon négligée.
"J'ai adoré cette discussion..." me dit-elle.
"Moi aussi... la prochaine fois, il faudrait qu'on soit dans la même pièce."
"Oui, je suis d'accord haha"
Enfin, nous nous endormîmes, la tension délivrée de nos corps solitaires.
Le lendemain, je lui envoyai un message en lui faisant savoir que j'aimerais beaucoup prendre un verre avec elle après le travail. Mais elle ne répondit pas.
Quelques jours après, je réitérai ma demande, en essayant de sexualiser mon texto de manière subtile. Mais, encore une fois, elle n'y fit pas suite.
Je ne le savais pas encore, mais elle ne répondrait plus jamais à mes messages.